Rupture conventionnelle avant la retraite

Les ruptures conventionnelles concernent particulièrement les salariés approchant de la retraite. Ce n’est pas un hasard si cette tranche d’âge est particulièrement concernée par les ruptures conventionnelles. Les règles de l’assurance chômage permettent de faire le lien jusqu’à la retraite. A partir de 59 ans, la rupture conventionnelle ouvre ainsi la porte à une sorte de pré-retraite. Des employeurs, mais aussi des salariés, proposent une rupture conventionnelle pour en tirer avantage. Mais, attention, il faut en savoir plus avant de s’engager.

La rupture conventionnelle représente 25% des fins de contrat à durée indéterminée pour les salariés entre 2 ans et 3 ans avant l’âge légal de la retraite. Alors qu’elle ne représente que 16% des fins de CDI pour l’ensemble des salariés (1).

Pourquoi la rupture conventionnelle avant la retraite est-elle considérée comme particulièrement intéressante ? 

 

Pour le salarié, la rupture conventionnelle avant la retraite est souvent plus favorable que le départ volontaire à la retraite

L’indemnité de départ volontaire à la retraite (hors Plan de sauvegarde de l’emploi) a un caractère de salaire. De ce fait, elle est assujettie dès le 1er euro aux cotisations de Sécurité sociale, ainsi qu’à la CSG-CRDS. Son montant dépend de la convention collective. L’indemnité légale (le minimum) est nettement inférieure à une indemnité de rupture conventionnelle.

Après une rupture conventionnelle, le salarié peut bénéficier d’une allocation de chômage, sous réserve que les conditions générales soient remplies (en savoir plus).

Pour les demandeurs d’emploi âgés de 55 ans et plus, la durée d’indemnisation normale est de 3 ans au maximum.

Mais, l’allocation de retour à l’emploi (ARE) peut être perçue jusqu’à ce que le bénéficiaire puisse obtenir sa retraite à taux plein. Ceci peut aller jusqu’à 67 ans. Toutefois, certaines conditions doivent être remplies à l’âge légal du départ en retraite de 62 ans.

Ces conditions doivent être réunies à l’âge légal du départ en retraite de 62 ans.

Autres conditions à réunir à l’âge de 62 ans  :

  • être indemnisé depuis au moins un an ;
  • justifier de 12 ans d’affiliation à l’assurance chômage (période de travail salarié), ou période assimilées. Avec au moins une année continue ou deux années discontinues durant les 5 dernières années de travail.
  • et disposer d’au moins 100 trimestres validés par l’assurance vieillesse.

Cette possibilité est particulièrement importante pour les salariés qui ne disposent pas du nombre de trimestres requis pour une retraite de base à taux plein dès 62 ans.

Donc, le salarié a souvent intérêt à s’accorder avec son employeur pour une rupture conventionnelle avant la retraite, plutôt que d’opter pour un départ volontaire à la retraite. Pour ceux qui n’auront pas le nombre de trimestres nécessaire à 62 ans, il y aura aussi, bien souvent, intérêt à ce que la rupture conventionnelle permette une indemnisation par Pôle Emploi au plus tard à partir du jour de leurs 61 ans.

L’employeur peut aussi trouver avantage à la rupture conventionnelle

L’employeur peut aussi trouver un intérêt à la rupture conventionnelle avant la retraite. C’est le cas lorsqu’il y a un sureffectif dans l’entreprise dans le type d’emploi du salarié. Ou aussi lorsque l’employeur constate que le salarié est fatigué, ou ne parvient plus à s’adapter à l’évolution du travail ou de l’organisation. En outre, comme le salarié, l’employeur évitera les cotisations sociales et la CSG-CRDS sur l’indemnité.

Enfin, l’employeur ne peut pas mettre d’office à la retraite un salarié qui a moins de 70 ans. Avant 70 ans, l’employeur ne peut que proposer au salarié de partir à la retraite, s’il a atteint l’âge du droit à retraite à taux plein. Et le salarié est en droit de refuser.

Bien sûr, l’employeur pourra aussi ne pas être favorable au départ anticipé du salarié. Et de ce fait refuser la rupture conventionnelle (voir Que faire face au refus de rupture conventionnelle par l’employeur ?)

A quel âge est-il particulièrement intéressant de partir en rupture conventionnelle avant la retraite ??

A partir de quel âge, la rupture conventionnelle permet-elle une prise en charge par Pôle Emploi jusqu’à la retraite ?

Comme nous l’avons déjà vu, la durée d’indemnisation normale du chômage est de 3 ans au maximum, pour les demandeurs d’emploi âgés de 55 ans et plus. L’âge légal de la retraite à taux plein, ou non, est quant à lui de 62 ans.

62 ans – 3 ans d’allocations = 59 ans

Les salariés peuvent donc (selon les règles actuelles) partir en rupture conventionnelle à 59 ans en étant indemnisés par l’assurance chômage jusqu’à la retraite.

Il sera même possible de partir à 59 ans moins les différés d’indemnisation, en cas de perception d’une indemnité supralégale qui engendre un différé d’indemnisation *.  Mais attention, à ne pas vous tromper dans le calcul du différé d’indemnisation. Car si les allocations de chômage cessaient d’être versées avant l’âge de 62 ans, l’ancien salarié ne  bénéficierait pas de la prolongation de l’ARE jusqu’à sa retraite.

Le différé d’indemnisation est une période d’attente avant que Pôle Emploi commence à indemniser le chômage. Le différé d’indemnisation est calculé en divisant le montant de l’indemnité supra légale par par 95,8 (taux applicable en 2020). Ce différé d’indemnisation spécifique est toutefois limité à 150 jours calendaires (presque 5 mois) au maximum, suite à une rupture conventionnelle individuelle.

Bien entendu, les allocations chômage sont d’un niveau moindre que le salaire habituel et il faut l’accepter pour partir avant la retraite. A moins que l’employeur soit très intéressé par le départ en rupture conventionnelle et compense au moins partiellement. Cette compensation peut intervenir sous forme d’une majoration de l’indemnité de rupture conventionnelle (voir Régime social de l’indemnité de rupture conventionnelle individuelle). Mais elle peut aussi consister en une augmentation de salaire dans les mois précédents la rupture du contrat de travail…

Le risque de changement des règles

La possibilité de prolongation de l’indemnisation du chômage jusqu’à ce que le demandeur d’emploi ait la possibilité de prendre sa retraite à taux plein est une excellente chose.

Les règles d’indemnisations chômage sont toutefois toujours susceptibles de changer, cela devient même de plus en plus fréquent.

La disposition concernant les bénéficiaires de l’ARE de plus de 62 ans n’a pas été modifiée lors des derniers changements. Mais, on ne peut pas être certain qu’elle ne soit pas modifiée un jour ou l’autre…

Ainsi, les salariés âgés de 59 ans, de 60 ans, ou de 61 ans qui n’ont pas suffisamment de trimestres et qui signent une rupture conventionnelle en 2020 ne peuvent pas être absolument certains de toucher l’ARE jusqu’à la date de leur retraite à taux plein. Même si c’est le plus probable.

Les nouvelles règles de l’AGIRC-ARRCO

Les personnes nées à partir du 1er janvier 1957, qui demandent la liquidation de leur retraite complémentaire depuis le 1er janvier 2019, sont sauf exceptions concernées par un dispositif de bonus/malus mis en œuvre par l’AGIRC-ARRCO. Celui-ci a un effet de minoration de la retraite complémentaire de 10 % pendant 3 ans pour les salariés prenant leur retraite à 62 ans.

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Article rédigé par Pierre LACREUSE, Sciences-Po Paris, licence en droit et DESS Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, ancien Directeur de la Gestion du personnel et des Relations Sociales, DRH, puis chef d’entreprise (PME). Aujourd’hui Editeur juridique et relations humaines sur internet.

(1) Analyse de la DARES publication de mai 2013 • N° 031

Sources : Convention d’assurance chômage du 14 avril 2017 ; règlement général annexé à la convention d’assurance chômage du 14 avril 2017 ; circulaire UNEDIC n° : 2017-20 du 24juillet 2017 ; Règlement d’assurance chômage du 26 juillet 2019 issu du décret n° 2019-797 ; code du travail ; étude de la DARES de mai 2013.

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Comments

  • SA dit :

    Bonjour,
    Arrivée pratiquement au terme de ma carrière, née en 1960, j’espère bénéficier d’une carrière longue mais étant donné les bouleversements actuels je ne suis pas sure de pouvoir m’arrêter à 60 ans le 1er septembre 2020. Je souhaiterais obtenir une rupture conventionnelle au mois de juillet 2020..
    Est ce possible ?
    D’autre part si je prends des congés sans soldes pendant cette dernière année de travail, soit deux semaines de congés supplémentaires dans l’année, quelles conséquences sur ma retraite ?
    Avec mes remerciements pour votre réponse.

    • admin3921 dit :

      Bonjour,
      Je ne vois pas d’impossibilité à ce que vous partiez en rupture conventionnelle, très peu de temps avant l’âge auquel vous pourrez avoir votre retraite, à la condition que votre employeur en soit d’accord.
      Pour ce qui est des deux semaines de congés sans solde, pendant votre dernière année de travail, il ne devrait pas y avoir d’incidence.
      Bien cordialement.

  • zangari dit :

    Bonjour,
    Je n’ai pas de réponse de pôle emploi. Si suite a une rupture conventionnelle a 61 ans, atteignant mon taux plein a 63 ans, mais avec une decote de 10 pour cent pendant 3 ans, je puisse etre indemnisée jusqu’à 64 ans. Nouvelle règle pour les personnes nées en 1957. J’attends après cette réponse pour négocier une rupture conventionnelle. Je vous remercie. Cordialement

    • admin3921 dit :

      Bonjour,
      La règle actuelle est que l’allocation de retour à l’emploi ne peut plus être attribuée lorsque le demandeur a droit à la retraite à taux plein. Seule la retraite de base est prise en considération.
      La décote/surcote instaurée par l’ARRCO-AGIRC est toute récente et, à ma connaissance, n’a pas fait l’objet de réflexion en ce qui concerne une conséquence sur le droit aux allocations de chômage. Le régime d’assurance chômage étant très fortement déficitaire, l’heure est plutôt aux économies. Il est donc peu probable que Pôle Emploi vienne compenser ce que les partenaires sociaux qui gèrent les régimes complémentaires ont cherché à économiser en créant une incitation à travailler plus longtemps.
      Cordialement.

  • el mekki dit :

    bonjour
    J’ai dans 2 mois 60 ans je suis en carrière longue et tous mes trimestres je pourrai partir début juin. Je voulais continuer au moins 1 an de plus pour ne pas avoir la décote de la complémentaire, mais je me pose la question de faire une rupture conventionnelle et rester jusqu’à 62 ans au chômage et prendre ma retraite après, est ce possible ?
    Merci de votre réponse cordialement

    • admin3921 dit :

      Bonjour,
      Une condition pour avoir droit aux allocations de chômage est de ne pas avoir atteint l’âge et le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein. Si vous avez droit à 60 ans à la retraite à taux plein, vous ne remplirez pas les conditions pour avoir droit au chômage. Je ne vous conseille pas d’essayer en espérant que Pôle Emploi ne s’aperçoive pas que vous avez droit à la retraite à taux plein, d’autant plus que que si Pôle Emploi s’en apercevait tardivement, il pourrait vous demander le remboursement des allocations versées à tort. Je suis désolé de vous donner cette information décevante.
      Bien cordialement.

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